Skip to Content

Vision Machine 2012

Détournement de l’application Photosynth pour explorer la manière dont la machine perçoit et reconstruit le réel. Cette approche mêle geste chorégraphique, vision algorithmique et exploration du vide comme forme plastique : un dialogue entre perception humaine et vision machine.

En 2012, j’ai travaillé avec Photosynth, une application Windows Phone construite sur des algorithmes de stitching panoramique et de modélisation rudimentaire de l’espace. Ce dispositif était pensé pour produire des panoramas fluides en détectant automatiquement des points d’intérêt communs entre les images. J’ai choisi de détourner ce protocole pour interroger la manière dont la machine perçoit, interprète et reconstruit notre réalité visuelle.

Normalement, lorsqu’un logiciel de panorama ne parvient plus à repérer de correspondances entre deux prises, il abandonne l’assemblage. Photosynth, au contraire, persistait : il tentait de maintenir la cohérence de la scène, d’intégrer l’image coûte que coûte, ou laissait apparaître une zone noire lorsque la reconstruction devenait impossible. Ces espaces manquants — creux, fractures, surfaces déliées — sont devenus la matière même du projet.

En multipliant volontairement les prises de vue, j’ai provoqué des ruptures dans l’algorithme de panorama, qui tentait malgré tout d’assembler des images incompatibles. Les zones noires, les déformations et les trous de reconstruction sont devenus la matière du projet.

Chaque mouvement produisait une confrontation directe entre ma perception du réel et le protocole de vision de la machine. Là où je percevais un espace continu, l’algorithme voyait des discontinuités, des ambiguïtés, des incohérences.

Les zones noires, les coutures instables, les déformations et les trous topologiques révélaient ainsi la logique interne du dispositif : sa manière de prioriser certaines formes, d’en rejeter d’autres, d’inventer une continuité ou, au contraire, de rendre visible son échec. La machine tentait de fabriquer un monde cohérent, mais son incapacité même devenait un langage.

À partir de ces comportements, j’ai développé une approche plastique du vide : travailler avec l’erreur, avec la faille, comme une forme en soi. Le projet explore cette rencontre entre vision humaine et vision algorithmique, entre le réel perçu et le réel reconstruit — une réalité perforée, révélée par sa propre tentative de réparation.